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Télétravail : cinq raisons pour lesquelles les entreprises lui disent non Gagnerait-il à être plus largement adopté ?

Le , par Stéphane le calme

L’une des conséquences économiques apportées par internet et le développement du télétravail. Si certaines entreprises apprécient les avantages du travail à distance, d’autres sont contre cette pratique. C’est le cas par exemple de Yahoo qui a vu sa directrice Marissa Mayer partir en croisade contre le télétravail. Elle avait décidé que tous les salariés seraient désormais obligés de venir au bureau afin de « ressentir l’énergie et l’excitation » du travail en équipe, selon un document interne dévoilé par le Wall Street Journal : « la vitesse et la qualité sont souvent sacrifiées quand on travaille de la maison. Nous avons besoin d’être un Yahoo! uni, et cela commence en étant physiquement ensemble ».Pour mieux comprendre les raisons qui pourraient motiver les entreprises à être contre cette pratique, Esther Schindler, une journaliste qui s’intéresse beaucoup à l’industrie technologique, est allée à la rencontre de certains recruteurs. La première raison évoquée est que « la communication marche mieux face à face ». Les recruteurs sont convaincus que les collègues construisent de meilleures relations de travail par exemple quand ils prennent le déjeuner ensemble, prennent le temps de discuter de divers sujets, même les plus banals, ou alors participent à des exercices destinés à développer l’esprit d’équipe.

« Je ne pense pas que les gens qui vivent au loin soient différents de mes collègues ici », a affirmé un ingénieur, « mais il n’y a pas du tout photo si je ne peux les voir que durant des vidéoconférences ou par messagerie instantanée seulement quelques fois par semaines ».

Une philosophie que plusieurs ingénieurs partagent puisqu’ils pensent que le travail au bureau permet de réduire au maximum les barrières de la communication. « Tandis que des outils comme Slack et les courriels font l’affaire si l’équipe travaille à distance, rien ne surpasse le fait d’être capable de tourner sa chaise et engager une discussion rapide avec un autre développeur (voire l’équipe entière de développeurs si nécessaire) », a déclaré un ingénieur. Et même si tout le monde est habitué aux messages textes et aux outils de discussion instantanée, il est difficile de collaborer de façon spontanée, a-t-il ajouté.

Esther Schindler

La seconde raison avancée par les recruteurs est « un impact sur la créativité ».Le mythe selon lequel un manque d’interaction sociale réduit la créativité et l’innovation reste profondément ancré. C’est d’ailleurs l’un des arguments sur lesquels s’appuyait Marissa Mayer pour s’ériger contre le télétravail lorsqu’elle a déclaré que « certaines des meilleures idées et décisions surviennent après des discussions à la cafétéria ou au couloir, après des rencontres avec les gens et des rendez-vous d’équipes impromptus ».

Mais Marissa n’est pas la seule à penser de cette façon. « Quand j’ai été au bureau pendant une décennie, 90 % des idées et de la productivité sont nées de conversations informelles au couloir, à la pause déjeuner » indique Steve, qui est désormais en télétravail. Il explique que, désormais, la plupart des conversations sont formelles et il est tenu à l’écart des conversations improvisées.« Le résultat net est que ma carrière en est devenue confinée et toute rabougrie », s’est il désolé. « Je suis devenu “le gars qui fait telle ou telle chose” plutôt qu’un membre de l’équipe qui a conscience de beaucoup de choses et a la capacité de se lancer si nécessaire dans une tâche ».

Toutefois, si des recruteurs estiment que les conversations dans le genre « peux-tu stp vérifier ceci ? » sont importantes, d’autres pointent le revers de la médaille. Selon eux, des « interactions » peuvent se transformer en « interruptions » qui coûtent plus ou moins cher en termes de productivité et flux de créativité. L’un des ingénieurs en télétravail a par exemple avancé que « les distractions étaient insupportables. Les téléphones qui sonnent, les gens qui débarquent et ressentent toujours le besoin de m’interrompre pour absolument tout (que ça soit relié ou non au travail) et plusieurs appels à propos de projets qui ne sont pas liés qui résultent en changement de contexte ».

Le troisième point mis en exergue par les recruteurs est que « gérer les télétravailleurs est plus difficile ». « Notre management veut nos collaborateurs au bureau pour un meilleur contrôle », a indiqué un ingénieur. « Nous avons eu quelques employés à distance et cela n’a pas fonctionné, par conséquent tout télétravail est “mauvais”», a-t-il estimé. L’équipe avait travaillé avec une nouvelle équipe à distance de contrôle de qualité et disposait de deux développeurs en télétravail. Un autre a expliqué que « les stagiaires et les nouvelles recrues préfèrent quelqu’un qui est assit à côté d’eux pour collaborer, alors bien sûr vous pouvez partager votre écran mais ce n’est pas la même chose ».

La logistique supplémentaire n’en vaut pas la peine selon les recruteurs. Changer la politique de l’entreprise pour autoriser le travail à distance signifie que l’entreprise doit revoir plusieurs paramètres de sa logistique et le retour de cet investissement n’est pas forcément évident. L’entreprise ne sait pas forcément comment faire face à ces différences. Ajouter des employés à distance apporte une nouvelle problématique à l’entreprise parce qu’elle va devoir avoir un processus pour gérer les employés qui viennent au bureau et ceux qui travail à distance sur de nombreuses activités. Si le cloud et les applications SaaS sont venus faciliter la collaboration à distance, plusieurs recruteurs déplorent par exemple le fait qu’il est arrivé de mal entendre une personne à l’autre bout de l’écran, parfois la qualité audio et/ou vidéo n’est pas au rendez-vous.

Et enfin le cinquième point c’est le conservatisme. Lorsque vient le moment de choisir s’il faut autoriser un travail à distance, si les bénéfices d’un tel travail semblent un peu flou, à contrario les risques encourus ainsi que les coûts sont clairs. Le travail au bureau est donc bien souvent le choix par défaut d’une entreprise qui peut se permettre d’employer de la façon dont elle l’entend. D’ailleurs, un ingénieur a déclaré « je n’accorde pas beaucoup de crédit dans mes capacités à embaucher et les propriétaires de l’entreprise sont plutôt conservateur. Aussi, je fais le choix plus sûr d’embaucher des candidats prêts à travailler sur place au lieu de ceux qui travaillent à distance. Je peux voir quand ils viennent, je peux leur donner une tâche sur un coup de tête, et j’ai une bien meilleure idée du moment où ils commencent à se diriger vers des trous de lapin ».

Source : O’Reilly, Developpez.com